Du 30 janvier au 1er février.
La percée du Vin jaune est à la fois une fête, un rituel et un moment de ferveur presque mystique pour le Jura. On n’y célèbre pas seulement un vin : on célèbre le temps.
Après six ans et trois mois de patience, passés en fût sans ouillage, le Vin jaune est enfin prêt. Durant tout ce temps, le vin a vécu sous un voile de levures qui l’a protégé et transformé, lui donnant ses arômes uniques de noix, d’épices et de curry. Jusqu’à ce jour précis, il reste scellé, intact, presque secret.
La Percée.
Au matin, dans le village jurassien choisi cette année-là, les rues s’emplissent de monde. Vignerons en habits traditionnels, confréries bachiques, musiciens, visiteurs venus de toute la France (et au-delà) se pressent dans une ambiance joyeuse et solennelle à la fois. L’air sent le bois, le vin, le fromage et l’hiver qui s’achève.
La cérémonie commence par un défilé. On porte les fûts, on honore les anciens, on rappelle que ce vin est le fruit d’un savoir-faire ancestral. Puis, dans un silence presque religieux, arrive le moment attendu : la percée du fût.
Un vigneron perce le tonneau à l’aide d’une petite mèche, et le premier Vin jaune jaillit. Ce geste simple symbolise l’ouverture officielle de tous les fûts du millésime. Le vin coule, on remplit le premier clavelin, cette bouteille si particulière de 62 cl, correspondant à ce qu’il reste d’un litre de vin après les longues années d’élevage.
Les verres se lèvent. On goûte. Les regards se croisent, les sourires naissent. Le verdict est joyeux : le millésime est né.
La fête.
La fête se poursuit alors pendant deux ou trois jours. Dégustations, banquets, musique, discussions passionnées sur les terroirs et les années passées, accords avec le comté ou la morille… La Percée devient un immense moment de partage, populaire et érudit à la fois, où le vin relie les générations.
La percée du Vin jaune, c’est finalement cela :
un instant où l’on ouvre le temps,
où l’on boit la patience,
et où le Jura raconte son âme dans un verre.